lundi 23 décembre 2013

La photo des souvenirs

Bon sang, cette maison, je la reconnais, c’est la maison de mon enfance, lorsque nous habitions la Chartonnière avec mes parents et mes frères et sœur… Que de souvenirs qui remontent à la surface, que de courses dans le jardin, de jeux dans le cerisier, de cris d’enfants que j’entends encore… surtout quand la jeune fille qui s’occupait de nous le soir, une certaine Simone que nous n’aimions pas du tout, s’évertuait à essayer de nous faire rentrer prendre notre douche. Nous nous cachions mes frères et moi, dans la cabane derrière la maison et ne respirions plus jusqu’à ce qu’elle nous découvre et nous emmène à grand coup de menaces et de quelques claques qui volaient sur nos oreilles. Maman s’occupait de notre plus jeune frère et ne se souciait pas des plus grands et de leurs jérémiades lorsque nous nous plaignons de cette mégère. Elle était étudiante dans une école d’infirmière et je souhaite pour ses patients, qu’elle fut plus douce avec eux qu’avec nous.
C’est encore dans cette maison que notre papa, entassait dans une remise des tonnes de jouets qui nous faisaient rêver quand nous avions le droit de passer la porte. Encore aujourd’hui, je ne comprends toujours pas pourquoi nous ne pouvions pas profiter de ces jouets et même l’explication que m’a donnée mon père plus tard, ne me convainc pas de l’utilité de cette frustration. Il m’affirma que ces jouets avaient été récupérés dans un magasin qu’il avait en vente et qu’il n’en était pas complètement propriétaire. Je penche plus, connaissant mon père, pour la version probable, d’une crainte de sa part de nous voir tout casser, et sa façon d’aimer collectionner à peu près tout ce qu’il trouvait, l’empêchait de nous distribuer ces trésors. Du coup, nous rêvions au beau garage rouge et aux poupées encore emballées qui trônait sur les étagères qui, un jour, nous disait notre père, seraient à nous.

Par contre je ne savais pas que le célèbre photographe, Monsieur Doisneau était passé par là et avait gravé pour l’éternité sur la pellicule, mon frère, le rare jour où notre père avait accepté de le promener dans ce bolide extraordinaire sorti tout droit de la fameuse remise. Voilà une belle façon de s’envoler au pays des souvenirs d’enfance et de saluer au passage, un maître de la photo !

vendredi 20 décembre 2013

Un peu de légèreté...

Feuille d’automne…
Un peu de légèreté, comme cette feuille qui balance au gré du vent sur ce majestueux planté là…
Un peu de légèreté, comme cette feuille qui se détache de l’emprise de ce mastodonte et s’envole dans les airs délicatement prisonnière du mouvement.
Un peu de légèreté, comme ce petit parchemin de couleur qui se dirige tranquillement vers son destin… 
Un peu de légèreté, comme cette charmille qui virevolte dans l’insouciance d’un avenir trop proche. 
Un peu de légèreté, comme cette petite pousse abîmée par le temps qui se pose enfin nonchalamment sur un sol humide où plus rien ne l’attend.
Un peu de légèreté, comme cette feuille étalée qu’une botte vient écraser d’un simple coup de talon.
Un peu de légèreté, comme cette pauvre déchiqueté qui dans la terre enfonce son nez pour se retenir de pleurer…
Un peu de légèreté, comme cette feuille morte à peine embarquée par la vieille pelle de ce vieux jardinier…
Un peu de légèreté, comme cette jolie feuille recomposée par les couleurs du passé, qu’une petite main menue est venu sauver du compost pour en faire le bouquet de la saison d’automne, celui que l’on offre comme un léger cadeau, avant le grand froid, contre le sourire tout doux de la plus belle des mamans.

Un peu de légèreté dans mon cœur jusqu’à l’été… 

vendredi 29 novembre 2013

Et si...

Et si on faisait comme si c’était avant, si on disait que le temps n’a pas d’emprise sur les gens, si on inventait les histoires avant de les vivre, pour être certain de ne pas se tromper de livre… ?
Et si tout était faux, le vrai, le beau, le vilain, le chaud… si tout était juste pour nous faire croire aux rêves et aux idéaux ? Et si on faisait comme c’était avant, comme on voulait que ce soit encore, si on disait que le temps s’arrête juste avant la seconde où l’histoire s’est arrêtée, juste avant l’instant T, celui qu’on voudrait tant oublier… si on disais que tout cela n’a pas exister, qu’on rembobinait le film pour continuer la vie autrement, On coupe, on retourne la scène mais différemment, une scène où il n’y a plus de méchant, plus de vilain, une scène où tout revient comme avant le cauchemar, comme avant que ça foire… Si c’était ça la vraie vie, la possibilité de tout recommencer jusqu’à ce que la prise soit bonne et qu’on puisse continuer dans les conditions souhaitées… allez disons que c’est ce qui va se passer, et reprend ton sourire, on va tout recommencer à zéro et ne plus jamais aller jusqu’au pire…

Et oui, je délire évidemment, mais l’utopie permet l’espoir que les choses changent quand on les pense immuables… j’en ai fait le rêve, il devrait bien s’y coller une réalité qui lui ressemble. … non ? 

mardi 26 novembre 2013

Rève cassé

C’est comme si un jour
Mon rêve s’était cassé
Comme si un ours
Dessus avait marché…
Et il est en morceaux
Ne peut se recoller
Il y en a beaucoup trop
Qui se sont envolés…

C’est comme si un tour
De manège avait passé,
Comme si un pas lourd
M’avait juste empêcher
A son bord de monter
Et de tourner, tourner…

C’est comme si l’avion lourd
Avait bien décollé
Et sur son passage
Avait  tout emporté
Ton sourire,
Et mes belles années…

C’est comme si pour toujours
Je restais dans le naufrage
Comme si le long court
Me laissait sur la plage…

Et mes rêves envolés
Par delà les nuages
D’un sale rire me narguent
Et me laisse dans le vague…

C’est comme si l’Amour
Etait soudain codé
Et comme si autour
Il y avait tant de clés
Qu’à force d’essayer
Une à une de forcer
La serrure a rouillé
Et les rêves de toujours

Ont fait fuir mes années…

lundi 25 novembre 2013

chasseur de souvenirs

Chasseur de souvenirs,
Je traque les sourires,
Je vole les douceurs,
Je coure après les heures
Chasseur de mémoire,
Je cherche les histoires,
Je vole les couleurs,
Je coure après les radoteurs
Chasseur de pensées,
Je fouille les idées,
Je vole les opinions,
Je coure après les faveurs…
Chasseur de songes,
Je cherche tout ce qui ronge,
J'empreinte les mensonges,
Je coure après les voleurs
Chasseur de rêves,
J'impose les trêves,
Je vole les ténèbres,
Je coure après les sauveteurs…
Chasseur de vie,
Je scrute les envies,
Je dérobe les désirs,
Je m'envole après les soupirs….
Chassée je suis de cette vie ou celle d’après,
Comme un voleur de temps
Comme un coureur de fond, 
Comme un chasseur de vent

Comme un inventeur de chansons… 

mercredi 23 octobre 2013

Heures de Pointe !

Une grande brune habillée toute en noir n’arrête pas de parler au téléphone et sa voix m’agresse, j’avais tant envie de calme ! Dans ce train bondé, impossible de changer de place. J’en suis à souhaiter que le réseau se coupe, que le train ne prenne plus que des tunnels infinis et que la lumière ne revienne qu’à destination du voyage. Ouf, le ciel m’a écouté, elle est tout hagard devant son portable arrêté, essaie en vain de le remettre en marche, se plaint que ça ne capte pas… son petit malheur fait mon grand bonheur d’un silence bien mérité… mais pas de chance, un reliquat de réseau est revenu m’empoisonné et la voilà qui reprend sa conversation, là où elle l’avait laissé, criant un peu plus pour se faire entendre et mélangeant dans son français quelques brides de sa langue maternelle. Mais facile de comprendre qu’elle parle de ses enfants, de la façon dont elle les habille, des caprices qu’ils font tout le temps… le contenu d’une conversation sans aucun intérêt, sans doute pour éviter de se retrouver seule avec elle-même…
De grands cheveux ébène encadrent son visage, je me surprends à la détailler n’écoutant plus son babillage. Elle téléphone comme si elle jouait un rôle, se doigts passent sans cesse sur sa frange, ses yeux noirs roulent autour d’elle à la recherche d’un détail qui les accrochent, sa bouche pulpeuse, dessinée au crayon rose, s’ouvre et se referme à une vitesse impressionnante, vertigineuse dont les sons sortent sans cesse… des mots de toutes sortent s’additionnent les uns aux autres, elle parle d’arrêt maladie, de ramadan, de crèche pour les enfants… elle doit saouler autant son interlocutrice que moi, victime de son bavardage. Elle ne raconte vraiment que des banalités et je retiens très fort mon envie de lui arracher ce boitier maléfique pour qu’elle se taise enfin ! Vive les voyages en train aux heures de pointe!


vendredi 18 octobre 2013

Drôle de Mariage

Il se passe parfois des choses dans la vie qui font poser plein de questions, des événements que l’on croit pouvoir contrôler un tant soit peu, et qui nous échappent totalement… et quand je dis totalement, c’est bien le bon mot… on se retrouve passif, oisif, un peu déboussolé, un peu contrarié, à faire bonne figure devant tout ce monde réuni et dont on fait partie en se demandant du coup, ce qu’on fait là… je suis bien consciente de ne pas vous expliquer la raison de cet étourdissement qui m’a pris lorsque, persuadés de nous rendre à l’anniversaire de notre fils et de son amie, nous nous sommes retrouvés sur la place de la mairie après un soit disant jeu de piste, à regarder s’installer un monsieur portant une banderole bleu blanc rouge, juste devant la porte de la dite salle commune.
Alors on se demande ce qu’il fait là, on n’ose pas se dire que c’est pour un mariage qu’il installe une table avec le joli buste de notre Marianne nationale. Et puis, on est là pour un anniversaire, les trente ans de notre fils, non ? Alors quand on voit arriver notre adorable grand garçon, habillé bien drôlement pour un anniversaire : veston mauve, casquette violette, cravate dans les mêmes tons, jolie chemise fleuri et pantalon presque chic… on commence à laisser germer les questions qui refusaient d’aborder notre cerveau bien embrumé par le refus de penser… et lorsque s’approche celle qui partage sa vie depuis presque dix ans et qui nous a déjà donné deux adorables petites filles, dans une tenue bien accordée à celle de notre fiston… une robe bleue marine avec plein de tulles de toutes les couleurs en jupon, on se dit qu’il se prépare un événement que là, on n’a pas, mais alors pas du tout vu venir. Enfin pour être honnête, évidemment qu’un anniversaire dans un château, ça nous avait paru un peu démesuré pour nos enfants, mais ils étaient deux à fêter leur trente ans… notre fils et sa compagne, alors pourquoi pas ? Et puis lorsque ce soupçon s’imposait à notre esprit, on le repoussait violemment avec cette assurance : non, notre fils ne peut pas nous faire ça ! il nous l'aurait évidemment dit... 

Enfin, nous voilà au jour J, celui où votre fils dit « oui » à sa chère et tendre, et vous vous félicitez secrètement d’être allée chez le coiffeur la veille. Bon, comme il fait froid, qu’il pleut à moitié, et que vous vous croyiez juste dans un jeu de piste, vous n’avez sur vous qu’un vieux jean, la doudoune de l’hiver, et des chaussures montantes histoire de ne pas vous geler. Rien à voir avec la tenue somptueuse que vous auriez éventuellement pu imaginer porter pour ce grand jour. Bon, tout ça passe encore, mais c’est vrai que j’aurai aimé prendre le bras de mon fils et rentrer avec lui dans… la mairie, ne m’illusionnant pas sur le reste (une église ? pourquoi faire ?), mais non, rien de tout cela. Le maire, parce que c’est bien lui, se retrouve planté devant une foule de curieux qui murmure que c’est tout de même drôle de se marier ainsi, qui pose la question ouvertement devant le peu de famille qui se trouve là… « Mais vous n’étiez pas au courant vous ? »… et bien non, nous n’avons pas été mis dans la confidence, nous nous retrouvons au même niveau que vous, les chers copains de mon fils… comme vous devant un mariage anticonformiste, je crois que c’est le moins qu’on puisse dire, et devant deux jeunes gens de 30 ans accompagnés de 4 témoins au courant et d’un maire qui semble rire jaune devant cette assemblée frigorifiée. Tout est allé très vite ensuite, tant mieux, il faisait si froid, un coup d’œil vers mon mari, décomposé d’assister ainsi au premier mariage d’un de ses enfants, un coup d’œil sur les beaux parents qui ne savent plus s’ils doivent sourire ou pleurer… et moi le sourire un peu forcé, qui m'entends proposer à la fin de la cérémonie, si on peut appeler ça comme ça, de faire une photo de groupe devant la belle plaque marquée Mairie.
Une photo de groupe où tout le monde sourit quand même de cette surprise assez incroyable pour ce mariage dont on se rappellera toute notre vie. N’était-ce pas le but de ce cadeau que nous ont offert nos enfants… ?

mercredi 16 octobre 2013

Strip-tease


Un peu, beaucoup,
 Passionnément, à la folie,
Comme une marguerite
Elle se déshabille,
Sans se soucier
De sa conduite.
Comme une Marguerite
A nouveau elle quitte
Tout ce qui la pare
En faisant la nique
A tous ces regards…
Cette Marguerite
Qui ainsi s’effeuille
D’un geste agite
Sa jupe portefeuille
Qui soudain glisse glisse…
Arrive aux chevilles
Et vole comme une torpille…
Allant s’exploser sur le pauvre nez
Du bedeau passant très intéressé
Par la belle Marguerite déshabillée…
Sans aucun pétale
Sans plus de tissu
D’une danse estivale
Marguerite est nue…







samedi 7 septembre 2013

La porte bleue



On se retrouve
Devant la porte bleue
Alors surtout
Ferme bien les yeux...

On se retrouve
Dans une heure ou deux
Vers cette porte qui s'ouvre
Sur l'avenir tout bleu
De nos vies, de nos jeux
De ce sac de vœux
Que fond tous nos aveux...

On se retrouve en face
De la porte sans glace
Juste le temps d'un soupir
Attends-moi, je m'étire
Le sommeil nous terrasse
La marchand de sable passe
Nos rêves se rejoignent
La porte bleue enfin s'ouvre
Notre amour en témoigne
Je veux que tu t'y trouves !

On se retrouve avant
Que la clé ne se perde
On se retrouve devant
La porte bleu se referme
Nous emportant vivants
Tout au fond de nos rêves...

Viens avance encore un peu
Laissons aux autres la porte bleue
Prenons les chemins de traverse
Laissons de côté les averses
Avant que nos yeux ne se rouvrent
Viens, je veux que l'on se retrouve
Dans le miroir de nos vies
Devant la porte du paradis...

samedi 31 août 2013

Couronné mot

89050150[1]

Juteusement sur le papier
Eclaboussé, il s’est jeté
Contre la feuille et tout trempé
Le mot aspirait à sécher…
Jalousement sur le carton
Il rêvait d’être polisson
Et joyeusement, s’est déclaré
Etre le maître des mots usés…
Cérémonieusement,
S’est fait couronné
Par des phrases entrecoupées
De tout plein d’onomatopées
Faisant : ho, ha, hé, t’es pas gêné ?
Le mot juteux a déclamé
Etre le roi des mots bafoués
Célestement a paradé
Au milieu des calembours interloqués
De pouvoir jouer sur les mots
Sans causer d’autres maux
Que le vacarme d’une feuille remplie
De lignes et de signes amis
Qui réunis, enfin se livrent
Afin d’écrire le plus beau livre…
Que même un enfant pourrait lire…

samedi 20 juillet 2013

Le jour où les poules auront des dents

Les plumes à thème N° 9 : Interdit
Mélangé au Défi du samedi 20 juillet 2013
Avec les mots : Liberté, sens, découverte, régime, déraison, pantois, hasardeux, obligation, privé, barrière, demeurer, tabou, aventure, rouge, honte, hallucinant, hangar.

Une drôle de  découverte m’avait laissée toute pantoise… j’avais simplement changé le régime de ma petite pensionnaire sans me rendre compte des conséquences que cela pouvait avoir.  En rupture de stock de grains de maïs concassés et de blé que j’avais l’habitude de servir à cette petite chérie, et dans l’obligation de la nourrir tout de même, je pris la liberté de me servir des croquettes qui traînaient dans le hangar depuis que le chien de ma tante était mort de honte, le jour où elle l’avait traité de bâtard.  Bref, sans souci de ma déraison, et tout en bravant l’interdit, je soulevai la barrière de cette immense remise pour y chercher l’aliment de chien qui y restait et je courus avec ce sac dans mon petit poulailler où ma Rosalie coulait des jours heureux et m’offrait tous les jours, le bon œuf de mes toasts du matin. Je versai cette nouvelle nourriture dans sa petite mangeoire et m’en retournais satisfaite d’avoir paré à l’urgence.  J’étais bien persuadée que cette nouvelle alimentation ne nuirait pas à la beauté de ce bel œuf qui faisait mon bonheur et je m’endormis du sommeil du juste qui avait bien fait son travail.
Et pourtant, il fallait être privé de sens pour ne pas avoir réfléchi aux résultats hasardeux que pouvaient avoir des croquettes pour chien dans le régime des poules…  Le lendemain, entendant ma Rosalie caqueter plus fort que d’habitude et soucieuse de récupérer mon repas matinal, je filai  vers sa demeure. Quelle ne fut pas ma surprise quand je découvris ce drôle de tableau vivant qui se tenait devant moi : Ma poule adorée couvait un adorable petit chiot à la place de l’œuf journalier. C’était littéralement hallucinant et je n’en croyais pas mes yeux. Rosalie encore rouge des efforts qu’elle avait du fournir pour sortir pareil morceau me regardait drôlement et devait se demander comment pareille aventure pouvait lui être arrivée… Comme quoi aucune idée ne devrait être taboue et celle qu’un chien pouvait naître d’une poule n’arriverait pas forcément le jour où les poules auront des dents…

 

mercredi 3 juillet 2013

Amitiés internationales

-          Courage ma fille, nous sommes bientôt au bout de nos peines, allez, tiens le coup, on arrive au bureau d’enregistrement… lui dit sa mère, alors qu’elles courraient toutes les deux dans les couloirs sans fin de l’aéroport de Schiphol à la recherche de ce foutu bureau. Il faut dire qu’elles venaient de faire douze heures d’avion entre le Honduras et Amsterdam, et que Marie, la plus jeune, avait très mal au ventre depuis qu’elle avait ingurgité le jus d’orange servi par la compagnie aérienne. Elizabeth, la maman, ne savait plus quoi faire pour la remettre sur pied et pas très à l’aise dans les aéroports, paniquait un peu à l’idée de ne pas trouver le bon bureau. Ayant  trois d’heures d’attente lors de cette escale,  elles arrivèrent très en avance sur l’horaire, et Liz, de son petit nom,  sortit du peu d’énergie qu’il lui restait son plus beau sourire à l’hôtesse derrière le comptoir et commença à baragouiner en anglais, tendant son billet et son passeport.
-          Vous n’êtes pas au bon endroit, madame, ici c’est la porte d’embarquement, il faut retourner sur vos pas…
Liz, déconfite, comprenant avec peine ce que disait cette blonde à l’accent incertain, fit une telle tête que l’hôtesse lui attrapa son billet électronique, regarda son passeport et lui dit que vue la distance à parcourir elles pouvaient s’enregistrer ici, et qu’elle les appellerait lors de l’embarquement. 
Liz souffla, et regardant l’air décomposé de sa fille, lui proposa d’aller se rafraichir aux toilettes, tout près d’ici.
Pendant ce temps, son regard circula sur les rangées de fauteuils déjà bien occupés, jusqu’à en repérer deux à côté l’un de l’autre. Elle alla s’assoir, et étendant ses jambes, elle ferma à demie les yeux pour se détendre un peu. Elles étaient parties faire une action humanitaire dans ce dangereux pays qu’est le Honduras et ces quinze jours sur place, bien que riches en rencontres, en découvertes et en émotions, les laissaient éreintées. Elles avaient hâte de rentrer chez elle où leur mari et père les attendait. Marie revint des sanitaires, plus blanche que jamais, chercha sa mère du regard et alla d’une traite se poser vers elle.
-          Vannée, je suis vannée… ça va toi ma p’tite mère ?
-          Oui, tout va bien, vivement la fin de ce voyage… il ne nous reste plus qu’à attendre l’embarquement.
Deux heures plus tard, l’oreille aux aguets, elles entendirent la voix de l’hôtesse annoncé l’embarquement pour Lyon, elles se levèrent alors et s’approchèrent de la porte. D’un geste précis, l’hôtesse leur fit signe de se mettre sur le côté et elles attendirent sagement qu’on leur dise d’y aller, ne comprenant pas vraiment la raison qui les empêchait de suivre le troupeau de touristes qui s’enfonçait dans le couloir pour rejoindre leur avion.  Il ne restait plus que six personnes à attendre, quand l’hôtesse leur expliqua dans un français très relatif, que l’avion avait été surbooké de 6 places, que 3 personnes seulement ne s’étaient pas présentées et que s’étant enregistrées au mauvais endroit, elles ne pouvaient prendre cet avion.
Gros moment de solitude pour la mère et la fille dont les informations arrivaient tout doucement dans leur cerveau et qui commençaient à comprendre qu’elles ne pourraient rentrer chez elle par ce vol. Ils étaient trois dans le même cas, puisque derrière elles un monsieur attendait et leur dit dans un français parfait, avec un accent de Strasbourg, que lui aussi  ne prendrait pas ce vol, et qu’il ne fallait pas qu’elles s’en fassent, tout allait bien se passer.

-          Quelle chance d’être avec un français, souffla-t-elle à sa fille dont la colère avait redonnée quelques couleurs à son teint. On va bien trouver une solution, reprit-elle assez peu sure d’elle mais faisant marcher son éternel optimisme. Elle entendit alors ce même homme parler à l’hôtesse qui s’avançait vers eux dans un pur hollandais et Liz ne put s’empêcher en se tournant vers lui de lui dire dans son plus joli sourire :
-          La providence nous offre un français qui parle apparemment couramment hollandais… quelle chance, c’est plutôt rare !
Et l’homme de rétorquer :
-          Je suis plutôt un hollandais partant couramment français, ce qui est déjà moins rare…enchanté, je me prénomme Herman et l’hôtesse vient de me dire que   la compagnie va nous dédommager de ce changement de programme et que nous allons pouvoir appeler gratuitement le numéro de notre choix pour prévenir quelqu’un et toucher la somme de 250 euros chacun pour combler ce préjudice…
Cette information redonna un peu plus de couleurs à Marie, et fit sourire sa mère qui reprenant de l’énergie fit agir son charme en acceptant la proposition de partager ces quelques heures d’attente avec leur compagnon de fortune.
Ils discutèrent à bâton rompu tout ce laps de temps, firent connaissance en refaisant le monde ou presque et lorsqu’ils s’aperçurent qu’aux prochaines vacances,  Herman et sa femme ne passaient pas loin du domicile de Liz et son mari, ce fut naturellement qu’ils s’échangèrent leur email avec la promesse de se retrouver quelques mois plus tard chez le couple français.

Ce fut le début d’une longue amitié internationale entre un couple français et un couple Hollandais… qui dure encore et encore…  Merci le surbooking…

lundi 24 juin 2013

Videur de Frigo


Un métier improbable : défi du samedi que je n'ai pas pu envoyer... dédicace pour mon frère Xavier qui m'en a soufflé l'idée... 

Le docteur Philippe DEFER, surnommé dans l’intimité, Phil, était un chasseur de grammes, entendez par là, qu’il avait étudié la diététique et qu’il était le meilleur dans sa profession pour vous faire perdre vos kilos en trop… Obsédé par la moindre rondeur, il était connu pour son professionnalisme et sa façon originale de vous couper l’appétit. Il avait dans ses habitudes de faire appel à un assistant dont le métier était : videur de frigo. En effet, lorsque qu’un client venait le voir afin de se faire aider pour retrouver une ligne de jeune premier, il avait droit à l’ordonnance complète et l’installation de cet assistant dans sa cuisine. Ce dernier arrivait avec sa valise et s’installait chez le client. Il apportait son lit de camp, et montait la garde devant le frigidaire du préposé à maigrir. A partir de ce moment, il était impossible au client de changer d’avis et ce dernier fondait à vue d’œil dès qu’il avait signé la convention très particulière avec le docteur DEFER.

Ce videur de frigo commençait son travail de façon très méthodique : il ouvrait le frigo et triait tous les ingrédients qui s’y trouvaient. Il mettait de côté tous les produits laitiers, d’autre part, les légumes, les pots de toutes sortes et commençait son travail de pesage. En effet, chaque produit était pesé et notre videur de frigo notait méticuleusement sur un listing le résultat trouvé sur sa balance.  Puis il notait son propre poids dans une colonne de ce récapitulatif et rangeait tout cela dans sa sacoche. Ce tableau lui permettrait par la suite de calculer ses honoraires et de présenter au propriétaire du frigo une note parfois très salée. Mais son travail ne s’arrêtait pas à ce scrupuleux tri, le videur de frigo, après s’être installé devant la table de la cuisine, une grande serviette autour du cou, se mettait à engloutir chaque ingrédient un à un en commençant par les produits salés, puis par les produits sucrés, sans oublier toutes les boissons quelles qu’elles soient, pour arroser ce repas. Repas parfois hétéroclite et pas vraiment diététique. Une fois le frigo vide, ce qui pouvait mettre plusieurs jours, notre videur s’essuyait la bouche et après un bon rot posait des scellés sur le frigo. Il se pesait alors une deuxième fois afin de vérifier qu’il avait bien tout avalé et pouvait faire la facture de sa prestation à ce pauvre client.  Ce dernier ne pouvait plus glisser quoi que ce soit dans son frigo et se trouvait obligé de faire un véritable jeûne qui l’amenait évidemment à perdre tous ses kilos superflus. Il n’avait plus alors, qu’à régler la note du videur qui repartait chez lui pour quelques jours de vacances afin de digérer sa belle profession … 

samedi 22 juin 2013

La grand-mère de Jade

Livre que j’ai adoré même si la fin est surprenante, voir décevante. Il faut donc très vite oublier l’épilogue pour laisser place à tous ces mots, toutes ces phrases qui ont câliné mon cœur tout au long de cette lecture. De mon crayon malhabile, j’ai rapidement recopié quelques lignes sur mon cahier dans l’idée de ne pas oublier ces petites phrases qui me parlaient si fort, mais lorsque je me suis vue entrain de recopier le livre presque entier, j’ai préféré me dire qu’il faudra que je relise ce livre plus tard, lorsque ses messages ne résonneront plus dans mon esprit.
Moment de choix quand l’auteur aborde la relation intergénérationnelle entre la grand-mère et sa petite fille. Ce temps qui passe à deux vitesses différentes et qui les font se rejoindre par la rencontre de l’autre, la découverte du secret de la mamie, ce temps qui coule dans les veines de chacune et leur permet de se connaitre autrement…
Moment savoureux sur le désir d’écrire un manuscrit, le plaisir et l’envie d’être lue, reconnue, éditée, devenir un écrivain à la hauteur du lecteur et le faire de façon lucide avec un regard bienveillant sur certaines de ses propres défaillances.
Moment d’extase lorsque l’amour arrive à ces deux êtres au même moment avec leurs décennies d’écart… l’amour n’a vraiment pas d’âge et se vit de tant de façons différentes !

Physiquement, passionnément, amoureusement pour cette jeune femme de 30 ans amoureux de cet indien rencontré dans le métro… Cérébralement,  modérément, pour cette mamie de 80 ans qui se prend d’amitié pour un vieil éditeur ! Mais pour toutes les deux un amour surprenant de force et d’émotions.  Ces Amours qui peuvent naître dans deux cœurs qui ne battent pas au même rythme et qui redonnent à chacune le gout de vivre, de légèreté et permettent de croire qu’en amour, tout est possible !

Poème du style d'André Breton

Dans le salon de madame des Ricochets
Les miroirs sont en grains de rosée pressés
La console est faite d’un bras dans du lierre
Et le tapis meurt comme les vagues.

Dans la cuisine de madame des Ricochets
La cafetière est couleur de la rage sauvage
La tasse fatiguée, n’est pas dans son assiette
Et le sucrier se poudre de sous-entendus.

Dans le couloir de madame des Ricochets
Le tableau de Magritte s’accroche aux yeux des visiteurs
Le perroquet en a par-dessus la tête de tous ces chapeaux
Et le chat, statufié, ne respire plus que d’une oreille.

Dans la véranda de madame des Ricochets
La grosse plante verte joue à saute mouton sur une treille
Le pouf éclate de rire des étincelles
Et la table s’agenouille en prière.

Dans le salon de madame des Ricochets
La pendule pousse les aiguilles hors du temps
La bouteille délivre des messages éthyliques

Et dans son coin, la desserte rigole en chantant : sois gai ! Ris donc ! 

dimanche 2 juin 2013

A qui la nuit blanche ?

Est-ce sa faute si ses yeux ne sont pas étanches quand elle dort ? Juste un rai de lumière et elle se réveille, ses yeux sont sensibles à la moindre petite clarté, alors que son conscient s’enfonce dans les abîmes du sommeil. Du coup, elle tourne, elle vire, elle finit même par souffler, et évidemment réveiller l’homme qui dort à ses côtés. Juste un petit faisceau et son conscient reprend le dessus… 
Voilà plusieurs années que ce problème se pose, que les volets se ferment presque automatiquement le soir, comme une cérémonie du coucher et qu’elle sourit à cette petite victoire d’imposer le noir complet à son conjoint depuis si longtemps.
Petite brouille conjugale et un jour le couperet tombe, le reproche jailli : l’homme dit supporter depuis la nuit des temps cet inconvénient et décide du jour au lendemain de clouer les volets ouverts contre le mur et de découper les rideaux en lambeaux pour qu’ils ne se referment plus sur la lumière du petit matin.
Gros coup de blues pour la belle : comment faire pour dormir dans la lumière… quand le jour se permet de pénétrer la pièce, le soleil de montrer sa présence, d’illuminer la chambre sans crier garde, de faire fuir l’obscurité au profit de cet éclat qui tombe jusque sur ses paupières. Devrait-elle ne plus dormir dans le même lit de cet homme ? Ne plus partager la même chambre ? Est-ce une raison valable pour faire chambre à part ?  
Quelques nuits d’essai pour plaire à son amour, la belle accepte de jouer le jeu, de dormir au jour la nuit… enfin de ne pas sauter du lit pour tirer les rideaux dès que la lueur apparaît, dès que la flamme de l’aube s’installe tranquillement dans l’appartement et se joue des paupières perméables de notre héroïne. Quand ce n’est pas la lune qui envoie son reflet jusque sur le visage de notre super nana.  Notre belle Héroïne n’est pas si fière que ça, l’épreuve est de moins en moins à sa portée. Le matin, les cernes lui caressent les joues, son teint blafard lui donne le cafard, et son humeur maussade l’apparente plus à une mégère non apprivoisée, qu’à la gentille épouse d'antan ! 
Ce que lui demande l’homme de sa vie est au dessus de ses forces, il va falloir trouver une solution pour reprendre le dessus de ces insomnies de peur de voir leur couple se déliter dans cette nouvelle configuration de leur tandem. Il est tant d’agir et de trouver LA solution qui va permettre un compromis pour résoudre cette question.
La discussion s’engage,  aucune des deux parties ne veut lâcher le morceau. Il faut dire que depuis que Monsieur se réveille au chant des rayons de soleil, son humeur est légère et sa mine réjouie. Plus question pour lui de revenir en arrière et d’ouvrir un  œil à n’importe quelle heure du jour et de la nuit et d’être persuadé qu’il vient juste de se coucher. Il se délecte dès l’aurore de la fraîcheur de cet étincellement et se rendort jusqu’à la minute qui précède le cri strident de son réveil matin : heureux, en forme pour une nouvelle journée. Le problème reste entier, la belle a bien essayer de planquer sa tête sous un oreiller sous peine d’étouffer, de serrer très fort cette fine peau qui recouvre ses globes oculaires, rien n’y fait, le sort s’acharne, la lumière transparaît et réveille la belle qui peine alors à retrouver son sommeil.

La solution est à mille lieu d'être trouvée et aucun compromis ne semble leur convenir, le couple s’enlise dans les discussions, puis hausse le ton tour à tour, se dispute carrément et chacun finit dans une chambre. Çà y est, le mal est fait, ils vont faire chambre à part, mais c’est sans compter sur leur amour trop fort l’un pour l’autre. Aucun ne peut se résoudre à laisser l’autre loin de lui, et ils se retrouvent tous deux au même instant, au milieu du couloir, se tombant dans les bras et revenant dans leur chambre nuptiale pour s’allonger sur le lit. Une petite surprise attend la belle : sur l’oreiller trône un drôle de morceau de tissus, comme un masque de Zorro, elle le prend, le retourne, le regarde, puis jette un œil vers son mari… Minaudant, elle ose alors dire : c’est pour moi ?  Puis  dans un sourire et sans attendre la réponse, elle le  pose directement sur ses yeux. Mais pourquoi n’y ont-ils pas pensé plus tôt ? Ils se couchent raccommodés par cette brillante idée et tous deux s’endorment du sommeil du juste l’une dans le noir de son voile et l’autre ravi de savoir que le blanc du jour viendra le tirer de sa torpeur à potron-minet et lui permettra de retomber directement dans les bras de Morphée jusqu'à l’heure d’émerger. 

samedi 25 mai 2013

D'un message à l'autre

Un pauvre petit message attend sagement qu’on le lise, mais personne ne s’y risque, personne ne prend le temps de l’ouvrir et de s’atteler à le détailler… personne ne pense à venir voir s’il existe, s’il s’est matérialisé par des mots depuis qu’il est né dans les pensées d’un être humain. Du coup, ce petit message s’ennuie de ne pas être lu, de ne pouvoir donner tout ce qui fait son essence, de ne pas pouvoir s’adonner au plaisir de sentir sur lui le regard de celui à qui il est adressé, de ne pas voir sourire le lecteur au fil de ces quelques lignes, sourire que ce petit message voudrait tant voir s’agrandir et devenir énigmatique,  et pourquoi pas mystérieux et  rappellerait à cet anagnoste qu’au fond de ses yeux brille encore cette lueur, cette petite lumière d’amour même si ce liseur met cette loupiotte bien souvent en veilleuse. Ce petit message voudrait lancer en écho sa toute petite voix pour dire qu’il voudrait seulement que ce futur lecteur pense à regarder ses messages et qu’ainsi il puisse découvrir tous ces petits mots tout doux qui l’attendent et s’excitent, se chagrinent de ne pas être découverts .
Ce petit message aimerait tant que tu sois leur inventeur, qu’il devienne ainsi ton trésor et qu’il t’appartienne entièrement à toi le lecteur de son cœur. Oui, en fait tu pourrais être l’inventeur de ce cœur non artificiel qui bat dans les messages, qui bat parfois doucement, parfois trop vite selon les humeurs, selon le rythme de cette vie que vivent les messages, selon l’entourage qui soit les paralyse, soit les cajole. Toi tu pourrais être l’inventeur de ce cœur de message et lui apprendre encore tout plein de choses, le faire grandir et rajouter des mots d’amour à sa missive, le faire aimer encore, le faire chanter très fort… tu pourrais être celui qui l’apprivoise et dont il ne pourrait plus se passer. Inventeur de cœur de message deviendrait ton métier, et du coup, tu n’aurais plus besoin de parcourir le monde à la recherche d’un cœur perdu, à la recherche du temps qui passe, à la recherche de l’arche de l’amour puisque tu l’aurais trouvé dans ce pauvre petit message et cette richesse serait dans ce cœur dont tu serais le découvreur, le bel inventeur, le bien faiseur puisque ce cœur finirait par s’épanouir jusqu’à devenir ton cœur…

Et lorsque tu aurais fini de lire cette missive, tu écrirais à ton tour un message d’amour qui viendrait frapper à la porte d’un autre cœur et noterait sur son ordinateur : vous avez un nouveau message ! 

mercredi 22 mai 2013

Jalousie


La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats.Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre,criaient "bis", "encore", et refusaient de partir.
Stella se figea légèrement, elle n’avait pas prévu de jouer aussi longtemps. Des coulisses, son agent lui faisait signe de reprendre la sonate numéro 26 de Beethoven  qu’ils avaient répétée ensemble la semaine dernière, mais Stella n’y tenait pas vraiment et restait là, debout devant son public à saluer encore, à sourire béatement et dans sa tête un ouragan s’installait…
Il faut dire qu’elle savait ce qui l’attendait en rentrant chez elle, elle savait ce qu’elle devrait faire pour calmer l’amoureux qui lui ferait une scène terrible pour cette infidélité, pour ce moment de plaisir qu’elle avait pris à offrir cette prestation devant un public mélomane.  A chaque fois, c’était la même chose, elle rentrait fatiguée mais heureuse de ces concerts donnés et lorsque qu’en ouvrant la porte, elle  se retrouvait face à lui, elle sentait la colère de  celui qui depuis sa plus tendre enfance l’avait amené à ce succès. Elle lui avait accordé tant de temps pourtant, mais il en demandait encore, il la voulait tout à lui et ne supportait pas de se savoir trahit par un autre, plus grand, plus beau, plus luisant que lui. Et c’était là tout le drame de la vie de Stella. Elle devenait esclave de celui qui n’aurait du être que son  complice.  Elle s’asseyait alors devant lui, le frôlait de ses doigts, le caressait tendrement, l’effleurait simplement, attendant de lui qu’il lui rende sa tendresse, mais ces soirs là, rien ne se passait, il refusait carrément de  répondre à cette douceur et lui opposait un silence borné.
Patiemment elle lui parlait, lui racontait comment sa réussite venait de lui, comment elle lui devait toute sa vie, et que sans lui, elle n’aurait pas pu vivre cette passion dévorante qu’est la musique. Alors seulement, il acceptait de nouveau qu’elle l’effleure doucement, qu’elle le câline du bout de ses doigts, qu’elle laisse glisser ses mains affectueusement sur lui dans un adagio timide, qu’elle ferme les yeux pour mieux s’imprégner de leur fusion. Puis il lançait quelques notes en sourdine, s’enhardissait pour reprendre leur duo et enfin laissait s’envoler en crescendo leur passion mutuelle pour la musique.
Et dans un accord parfait, Stella et son cher piano composaient les plus belles symphonies jamais jouées !

jeudi 9 mai 2013

Dessine-moi un œuf !



Dessine-moi un mouton ? demanda le petit prince à l’aviateur qui venait de poser en urgence son avion dans le désert…Cet aviateur aurait pu être le frère de René Magritte qui, lorsqu’on lui demandait de dessiner un œuf, nous reportait sur la toile un oiseau… Après, à savoir si cet oiseau était bien celui qui allait sortir de l’œuf, il fallait évidemment le temps de le couver… quand au mouton du petit Prince, celui dont l’image représentait la caisse avec le mouton à l’intérieur,  c’était exactement celui que voulait le petit prince !
Coup de chance ou pas, le dessinateur aviateur, qui peut-être avait pris un coup sur la tête, lors du crash, avait réussi un coup de maître ! Sauf qu’il ne s’appelait pas Magritte, il est vrai, mais qui dit qu’il n’avait pas en tête cette clairvoyance ?
D’autant que notre aviateur s’était moins compliqué la vie que notre René, une caisse étant plus facile à dessiner qu’un oiseau… Bon, peut-être s’étaient ils rencontrés lors d’un salon de la peinture, ou d’un dîner mondain réunissant la noblesse lyonnaise et la bourgeoisie belge de l’époque… Un jour, où il y avait au menu des œufs mimosa en entrée, et un ragoût de mouton en plat… pourquoi pas ? Ils se seraient trouvés assis l’un à côté de l’autre et auraient commencé à parler peinture…
-          Et vous, si on vous demandait de dessiner un œuf, vous feriez quoi, aurait demandé Antoine,
-          Heu, je crois que je ferais un oiseau bien sur, pourquoi cette question ?
-          Heu, simplement, parce que si un jour un petit prince me demandait de lui dessiner un mouton et que je n’arrivais pas à le satisfaire, je finirais par lui dessiner la caisse où se trouve le mouton dont il rêve…
-          Oui, bonne idée, ainsi il pourrait se l’imaginer, répondrait alors René
-          Oui, et sur qu’il l’aimerait et qu’il pourrait l’emmener chez lui, sur sa petite planète et ce mouton là correspondrait tout à fait à celui qu’il attendait ! mais vous, votre œuf, êtes vous certain que l’oiseau que vous dessineriez, serait bien celui que l’on attendrait ?
-          Oh, vous savez, personne ne s’en soucierait, la princesse qui me demanderait de dessiner cet œuf, n’aurait pas de planète et comme ce serait en plus d’une gourmande, une bonne cuisinière, je la soupçonnerais d’avoir pensé qu’il serait bon d’attendre que l’œuf éclos afin de se farcir l’oiseau !
Et sur ce, ils avaleraient tous les deux leur repas sans plus échanger de parole, ruminant chacun leur prochaine œuvre… 

jeudi 2 mai 2013

Trop vite...


Descendre en route de ce train trop rapide, est ce possible ? Juste pour un moment se dérouiller les jambes et s’arrêter juste le temps de reprendre son souffle, est-ce trop demander à la vie ? Peut-on avoir droit à un répit ?
Si oui, où faut-il le demander, où doit-on le réclamer ? Dis-moi, où faut-il signer pour avoir droit à ce congé, en bas de quelle page pleine de gribouillis, dois-je griffonner mon grigri ?
Juste un moment de délice, un moment de surprise calme et tranquille, sans stress, sans rien de rapide, un coton de douceur, dans cette vie de brute et de folies…veux-tu le vivre avec moi, veux-tu toi aussi cette pause sur cette page ? ce retour en arrière, ce come back sur nos vie, ce voyage volé à la vie, ces minutes qui pour d’autres n’existent pas , n’ont même pas vu le jour, n’ont pas pu survivre au mouvement trop rapide de nos vies… ces quelques jours dérobés au brouillard, avec cette poudre aux yeux, ils n’y verront que du feu, mais nous on sait, nous on se rappelle, nous on a apprit qu’il est possible de changer le cours des choses, juste un temps, juste un peu, sans voler plus qu’il ne faut aux choses établies, aux principes installés de certains qui ne peuvent savoir comment fuir cette folie, jouir vraiment de la vie jusqu’au bout de la nuit…
Alors si tu me suis, assis-toi sur le sentier, pose ta plume et viens danser, pose ta tête de l’autre côté, roule ta bosse dans le fossé. Arrête-toi et  réduit la distance entre nous, souris-moi simplement comme un fou, cherche comment surgir du néant, donnons-nous le temps d’avoir envie d’attendre que la vie ne s’arrête avant qu’elle ne soit prête. Juste un moment entre parenthèse, en se disant que le reste est foutaise…alors en avant marche pour cet arrêt sur image…



samedi 20 avril 2013

Les éléphants vont à la foire…



La petite famille est dans la voiture depuis moins d’une heure… papa roule vite, les enfants se plaignent d’avoir mal au cœur, maman ne cesse de se retourner dans la crainte d’en voir un régurgiter ce déjeuner, elle se maudit de ne pas avoir donner du solide ce matin, un bon fromage blanc avec quelques céréales aurait mieux valu que ce bol de lait qui pourrait bien déborder pendant la route. Mais quand on est une maman, on ne peut pas penser à tout ! Les enfants commencent à pleurer, ils en ont déjà marre de la route, la phrase rengaine arrive déjà en tête du hit parade des formules fétiches des enfants :
-          Maman c’est quand qu’on arrive ?
-          Dans un quart d’heure, vingt minutes, répond maman !
C’est la réponse automatique à cette phrase que les enfants posent inlassablement tout au long du chemin et qui reçoit depuis plusieurs années la même réponse… mais là, les enfants n’ont pas d’humour, les virages leur ont enlevé toute envie de sourire à cette petite phrase qui d’habitude donne lieu à des tas de petites histoires rigolotes… les enfants commencent vraiment à en avoir marre, ils veulent rentrer chez eux et ne tiennent plus du tout à aller voir leurs grands parents qui tout à l’heure, à l’évocation de ce moment à passer chez eux, leur était si chers…
-          Ils habitent trop loin nos grands parents, finissent-ils par lâcher !
Alors maman doit trouver très rapidement une idée pour calmer ses chérubins, surtout que papa commence à s’énerver et menace de s’arrêter distribuer quelques fessées pour faire taire ces râleurs en herbe…
Et d’un coup, maman se met à chanter, elle entonne la chanson qui fait rire, celle que les enfants adorent, et ne ménageant pas son ardeur à chanter fort elle commence :
Les éléphants vont à la foire
Mais que vont-ils y voir ?
Un gai babouin
Qui dans l’air du matin
Peignait ses cheveux de lin.
Le singe tomba du banc
Sur la trompe de l’éléphant
L’éléphant fit atchoum
Et se mit à genoux
Mais qu’advint-il du singe ????
Et les enfants en cœur, se mettent à reprendre en canon cette chanson en criant à tue tête :
-          du singe, du singe, du singe, du singe, du singe…
 Sans s’arrêter pendant que maman recommence le refrain…
-          Les éléphants vont à la foire….. Mais que vont-ils y voir….
Et du coup l’habitacle de la voiture devient un lieu de concert non stop, avec trois petits bouts qui oublient que leur ventre gargouille, que la route est longue, que les grands parents habitent loin et chantent de tout leur cœur….
-          Du singe, du singe, du singe, du singe….
Papa ne dit rien, il soupir un peu, espérant que ce capharnaüm va s’arrêter enfin, mais il connait bien sa femme pour savoir qu’elle en a d’autres dans sa besace… d’ailleurs la voilà qui entame :
-          Un éléphant se balançait sur une assiette de faïence,
 Comme ce jeu l’amusait, avec un autre il recommence…
Et les enfants de reprendre alors :
-          deux éléphants se balançaient sur une assiette de faïence…
 Comme ce jeu les amusait avec un autre ils recommencent…
L’ambiance est à la joie, à la chanson, à celui qui chantera le plus fort… papa se concentre sur la conduite, il a un peu ralentit l’allure… il regrette fortement de ne pas être sourd aujourd’hui … il envoie quelques grimaces  crispés à maman, qui elle lui renvoie des sourires  francs et se prend au jeu des chansons…
-          Une autre maman, crient les enfants…  pas de problème, elle en connait plein…
-          Un éléphant se balançait sur une toile… toile…toile… d’araignée…
Et sur chaque chanson rebondit la suivante … en parlant d’araignée, maman continue en chantant celle tant aimée des petites têtes blondes…
-          Le pape est mort…
Un autre pape est appelé à régner…
Araignée ? Quel drôle de nom,
Pourquoi pas libellule ou papillon,
Ce serait plus mignon…
Les enfants s’éclatent et maman aussi… toutes les chansons de son enfance lui revient en trombe
-          En voilà encore une, lance-t-elle joyeusement
Ah l’escargot…
Quelle drôle de p’tite bête…
C’est rigolo ce qu’il a sur sa tête…
J’ai vu, j’ai vu
Le p’tit trou son derrière
J’ai vu, j’ai vu
Le p’tit trou de son … OOOOOOOOOOhhhhhhh
Les enfants sont hilares et du coup le temps passe à toutes vitesses…
Seul papa connait un vrai moment de solitude et maudit ses parents d’habiter si loin ! 

samedi 13 avril 2013

Le Deal des chats


Dans le fin fond de la nuit des temps, le cinquième jour,  Dieu dit : que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce… Dieu vit que cela était bon… puis au moment de créer l’homme, il remarqua que de tous les animaux qu’il venait de faire, aucun ne pourrait égaler sa prochaine création, alors il remodela un dernier petit mammifère, qu’il appela « chat » et le mit sur terre. Il lui donna plein de qualités et de défauts afin qu’il se rapproche le plus possible de ce qu’il voulait engendrer ensuite… Ainsi, il fit le chat intelligent,  habile, fier, indépendant mais aussi rusé, têtu et refusant l’autorité et la discipline. Il le regarda alors et vit que c’était bien, pourtant, il lui manquait encore quelques petites retouches avant de passer à la création suprême de l’être humain. Dieu lui donna alors la parole, pensant qu’ainsi il pourrait un peu plus se rapprocher de l’homme et devenir son meilleur ami. Puis il reprit de la glaise et façonna l’homme et la femme à son image, il les bénit et leur dit : soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et dominez sur tous les animaux que je viens de créer sauf sur le chat. Et cela fut ainsi, Dieu vit tout ce qu’il avait fait et que ceci était très bon… Ainsi il y eut un soir et il y eut un  matin…
Dieu avant de se reposer, demanda aux hommes de vivre le jour et de dormir la nuit et proposa l’inverse aux chats afin de partager équitablement l’univers…tout aurait bien pu se passer si les premiers n’avaient pas eu envie de se servir de la nuit à leur profit et de prendre le pas sur les derniers… Et c’est alors que les ennuis commencèrent pour ces deux créations qui voulurent profiter tous les deux des bienfaits de la terre au même moment !
Les hommes se mirent à chasser les chats qui ne se privaient pas de leur faire mille misères… Ce fut la première guerre du monde, les hommes tuèrent bon nombre de chats, les chats attaquèrent régulièrement les hommes  et Dieu fut bien triste de voir que ses créatures n’arrivaient pas à s’entendre.
 Un chat plus intelligent que les autres, vint voir le créateur et lui demanda de revoir sa copie.
-  Dieu, je te propose un marché : dis à l’homme que tu nous retires  la parole, et plus un chat ne prononcera un mot devant les hommes… Nous deviendrons du coup  des êtres adorables et dociles, vivrons dans les maisons des hommes et finirons par nous entendre, en échange, demande à l’homme de nous procurer gîte et nourriture à vie et ainsi ce problème là sera réglé. Dieu accepta le deal, il expliqua aux hommes que si les chats ne parlaient plus en échange il fallait les aimer, les dorloter et les protéger comme le plus câlin de tous les animaux et qu’il n’y avait plus lieu de les chasser. Les hommes, ne craignant plus qu’on leur prenne leur place, adoptèrent tous les chats comme animaux domestiques privilégiés et les placèrent aux meilleures places de leur foyer. C’est ainsi que les chats s’installèrent l’hiver, bien au chaud dans les maisons, devant l’âtre des cheminées, l’été, allongés de toute leur longueur, dans le meilleur coin du jardin entre mi ombre et soleil et qu’ils ronronnèrent de bonheur avec ce petit sourire en coin  et ce petit œil coquin qui se ferme et s’ouvre pendant leur sommeil comme un clin d’œil à Dieu …
Depuis les chats ne prennent plus la parole devant les humains, mais se délectent de grands rassemblement entre eux la nuit, lorsque tous les chats sont gris. Ils ne se privent pas de se moquer de ces animaux à deux pattes qui parlent et qui, depuis la fin de la guerre des chats, font preuve d’une grande imagination pour s’entre-tuer entre eux…
Ah si les chats pouvaient leur parler sans risque…                                  
Et tous ces humains qui donneraient bien leur langue au chat pour connaitre le secret de la sérénité constante de ces chères bêtes à poil!
Quand à Dieu dans l’histoire, il en a perdu son latin… 

mardi 9 avril 2013

Jusque dans ta valise


Je voudrais me profiler dans ta valise, m'y glisser sans que tu ne le saches, m'y lover et y rester le temps de ton voyage, je voudrais y trouver ma place, m’y installer confortablement  et ne plus jamais la quitter. Me sentir ballotter par les roulettes que tu tirerais, rigoler en cachette de la tête que tu ferais si tu savais…  Attendre patiemment que tu l'ouvres à l'arrivée, que tu enlèves un par un les objets de ton quotidien, que tu me frôles en passant un tout petit peu de tes mains, que tu glisses tes doigts pour vérifier dans le fond, qu'il ne reste plus rien et que tu refermes cette malle pour la remettre en place dans le placard de ta chambre où j'attendrais alors impatiemment ton prochain déplacement.
Cacher dans les replis d'une bien jolie valise, j’écouterais les bruits du fond de ta penderie et imaginerais ta vie de l'autre côté de la cloison. Je resterais ainsi jusqu'à ta prochaine expédition, lorsque pressé, tu jetterais sur le lit le sac de voyage que tu voudrais remplir sans te rendre compte qu'il contient déjà tout ce dont tu as besoin... Et alors je bondirais tel un diablotin sortant de sa boite, te sauterais au cou sans te laisser le temps de reprendre tes esprits, t'embrasserais de partout, danserais dans ta chambre, crierais tout mon amour et tu serais surpris par tout ce discours…Tu me prendrais la main, me poserais sur ton lit, n’oserais plus rien dire, m’embrasserais ainsi en me promettant qu’à l’avenir, tu m’emporterais dans tes délires. Alors dans un soupir, je dirais merci à la vie et m’endormirais dans tes bras persuadée que le souvenir de ce moment restera comme le plus grand !
Mais le rêve tourne au cauchemar,  le temps n'est plus à l’amour, je te vois déjà froncer les sourcils, t’inquiéter de me voir ici, fermer la porte de ton dressing, me réinstaller dans cette valise, rajouter dessus tes chemises, t’asseoir dessus en tirant sur la fermeture éclair, forcer sur le tout pour que tout cela rentre dans cet espace où soudain je manque d'air, où soudain, je m'évapore, où soudain…
 Je me réveille…
Et là, ouf ! Je suis dans tes bras, la valise n’existe plus, il y a belle lurette que tu m’as emporté dans tes bagages et depuis j’essaie de rester sage pour ne pas finir en mirage !

mercredi 3 avril 2013

C'est simple...


Voilà c’est simple, il suffit de trouver la clé dans le bocal… celui que tu vois à travers la cloison, il ne reste qu’à passer sans problème le labyrinthe et monter la montagne du côté latérale puis revenir à droite et tourner sur le  côté, passer la main au loin juste dans la travée… et ouvrir un système dès que tu auras trouver le code pour faire pivoter le mécanisme qui donnera l’ouverture dans le mur devant toi… tu vois c’est très facile, avance encore un peu de 100 ou 1000  kilomètres et approche de cette fenêtre où tu vois  à travers le bocal qui renferme la clé à l’intérieur, celle qui pourra certainement ouvrir le cœur de ce cerveau qui mélange si bien tout ce qui entre dedans sans y être invité tout ce qui se prend à être une pensée… et forme ce méli-mélo de phrases de mots de sons à composer sans y faire attention. !
Tu vois c’est simple et c’est comme ça qu’il faut faire… se hisser sur la pointe des pieds ou de l’hémisphère et porter dans son cœur, ou faire le plein des poches tous ces jolis mystères qui parfois nous déroutent, qui souvent nous envoûtent, et fait que nos tourments ressemblent à des géants qui nous marchent dessus tous les jours un peu plus… voilà, ainsi c’est possible de gagner de l’avant en retrouvant la clé cachée dans le bocal, si tu peux l’attraper alors tout redevient normal et c’est de l’autre côté que passe l’amiral… l’amiral de ce bateau qui nous conduit à ce bocal… l’ami qui râle sous son chapeau parce que tu as lâché la barre, et celui qui trouves que tu as du culot de te croire le Graal
 alors que tu ne cesses de chercher un bocal…. Avec une clé dedans qui t’ouvrira enfin le cerveau des géants qui te mangent sans fin… sans faim et sans répit ils veulent à tout prix trouver avant toi la clé du paradis…. Et tous ces mots, toutes ces phrases et ces sons ne seront plus que chanson dans ce nouveau pays qu’un jour tu vas trouver de l’autre côté du lit où tu t’endors serein, persuadé que demain tu mettras enfin la main sur cette maudite clé qui ouvre une à une les portes de la vie…
Tu vois c’est simple comme bonjour et tu sauras enfin ce que veut dire toujours….

lundi 1 avril 2013

Le toit de notre Amour !



Et oui, je t’aime, c’est dingue non ? C’est fou de t’aimer encore et encore, j’ai envie de le crier sur les toits, mais le notre est bien trop haut, je n’arrive pas à monter, pourtant j’essaie, le mieux serait peut-être que je passe par la cheminée…
Je m’accroche aux parois, les deux pieds fermement cramponnés sur les briques,  je me hisse de toutes mes forces, les doigts déchirés par les aspérités des murs intérieurs de ce foyer…je m’aide de tout mon corps pour grimper encore plus haut, le ciel me nargue de sa hauteur mais je monte encore et encore, je ne vois toujours pas le bout de cet âtre, le firmament se rapproche pourtant, il ne doit pas être si loin, le toit de notre amour, est-il vraiment  si grand notre Amour, qu’il soit impossible d’en atteindre le toit ?
Et pourtant je monte, je monte toujours, j’ai un peu peur, je n’ose  pas regarder en bas, la tête me tourne, il commence à faire froid dans cette tour infernale, je me sens comme un ramoneur ramoné, comme un sonneur sonné, et je suis la suie qui m’enduit de sa noirceur, mes narines s’en emplissent, je ris d’avance d’imaginer la nouvelle couleur de ma peau et mes yeux tout blancs dans ce visage sale.
 J’arrive enfin au sommet de ce donjon et je manœuvre de mes bras pour me hausser sur le rebord… ouf, je reprends mon souffle, respire l’air de la nuit
qui n’est plus très loin, je vois un bout de lune qui pointe à l’horizon, le soleil, lui, remonte son grand drap noir sur son sommeil, ça y est, je crois qu’il dort presque, il fait tout noir, cette fois, du coup j’ai vraiment peur.
 Je n’ose plus bouger, en bas il y a de toutes petites lumières qui bougent comme des feu-follet, au-dessus de moi, je ne vois rien, je ne suis plus rien dans cette immensité obscure. Je suis seule, je me noie dans une eau froide, je suis dans la mer morte, je désespère de redescendre un jour, pourtant je ne faisais rien de mal, je cherchais juste le toit de notre amour, mais il est si grand notre Amour, que nul ne peut en faire le tour…
Et merveille, j’ai vu loin dans la nuit, sur le toit d’à côté, sortant d’une cheminée,  une silhouette se hisser, des yeux  me regarder, une bouche me parler, un cri appeler mon prénom, un profil avancer doucement, prudemment, d’un toit à l’autre, d’une tuile à l’autre, une main se tendre vers la mienne, puis la happer rapidement.  J’ai alors senti sa chaleur se répandre dans tout mon corps, ce corps engourdi de peur, engourdi de froid et de pleurs, ce corps qui reprenait vie, et j’ai alors reconnu la douceur de ta peau, la chaleur de ta main, la lueur de ton regard, la forme de ta bouche,  tu avais toi aussi suivit un conduit de cheminée qui t’avait conduit tout droit  sur le toit de notre amour.
Nous nous sommes regardés enfin, nous étions les mêmes mais en négatif, nos deux visages couleur ébène se dévisageaient et lorsque tu m’as souri, tes petites dents blanches sont devenues mille étoiles scintillantes… mon fou-rire a remplacé ma peur, nos deux mains se sont liées plus fort et sur le toit de notre amour, assis sur l’encadrement de cette cavité que je venais d’escalader, j’ai su que c’était avec toi, pour la vie… que je voulais cheminer !

mardi 26 mars 2013

Le rêve de Laure



C’était complètement fou, je volais dans les airs sans savoir vraiment où aller. Les toitures de maisons étaient mon horizon et lorsque je planais dans toutes les directions c’était sensationnel. N’empêche que j’avais tout de même plein de problèmes à régler ce jour là et on m’avait donné l’adresse d’un super psychologue tellement renommé, que l’on faisait la queue devant son cabinet pour le consulter. J’aperçus de ma hauteur, le long chapelet que formaient tous ses clients, comment faire pour aller interroger ce manitou sans que cela me prenne le jour entier ? Je le voyais par transparence assis à son bureau, à l’écoute, sérieux, dodelinant de la tête, et donnant à chaque visiteur une ordonnance. Ces derniers repartaient le sourire aux lèvres, le pas léger et je les enviais de mon point de vue culminant. Sans réfléchir aux conséquences, je fonçais tête première vers la procession et fendant le plafond, j’atterris dans la file sans demander la permission. Des oh, des ah s’exclamèrent de toutes parts, voulant me faire comprendre leur indignation, les gens commençaient à me pousser du coude, à me bousculer vraiment, mais c’était sans compter sur ma force de persuasion, sur le sourire ravageur que je leur lançais, sur la volonté de fer que j’avais de rester derrière les quelques personnes proches du bureau du gourou.
Arriva très vite mon tour, et une fois en face de lui, je commençais à bafouiller, il faut dire que je n’avais pas vraiment prévu l’ordre de mes questions à lui poser, mais j’arrivai enfin à les lui formuler :
-        Rien ne va dans ma vie, mon mari ne me regarde plus vraiment, mes enfants sont constamment malades, mes finances sont catastrophiques, je ne fais que pleurer sur mon sort et…
D’un geste du bras, il me coupa très vite la parole, était-ce parce qu’il ne pouvait consacrer beaucoup de temps à ses patients ? Toujours est-il qu’il eu la même expression que je lui avais vu du haut du ciel, un air sérieux, la tête allant de droite à gauche, un doigt posé sur ses lèvres, en pleine réflexion… Il appuya ensuite sur quelques touches de son ordinateur placé face à lui, et sortit une feuille pleine de graffitis qu’il me remit. Sur cette ordonnance était noté le prix : 80 euros pour ce bout de papier… Je payais effarée du montant et étonnée que l’entretien se termine déjà, sans même un mot de sa part, je m’éloignai pourtant le sourire aux lèvres en lisant les quelques lignes qui composaient cette prescription. Tout en sortant de la pièce, croisant quelques regards courroucés de ceux que j’avais devancés, je flottais de nouveau dans l’air et repris mon envol jusqu’au prochain nuage où je pus détailler à loisir la liste de ce que je devais prendre pour remettre ma vie à l’endroit :
Prendre chaque jour
-        Du chocolat additionnée à du miel : 3 ou 4 carreaux
-        Un bon repas bien équilibré
-        Une sortie en amoureux avec l’homme de votre vie !
C’était exactement ce dont j’avais besoin….